Accueil Bons plans C’est qui le patron ? Consommateurs & agriculteurs prennent le pouvoir
C'est qui le patron ?

C’est qui le patron ? Consommateurs & agriculteurs prennent le pouvoir

par Louise PASTOURET

Cette semaine, je voudrais vous parler des agriculteurs. On sait tous qu’ils existent, pourtant on les voit si peu. Leur travail nourrit les français, mais peu d’entre nous les rencontrent vraiment. Pourquoi faire ? Un tour au supermarché et le frigo est rempli : lait, œufs, viande, fruits et légumes, etc. A croire que ces denrées poussent directement dans les rayons réfrigérés.

Invisibles agriculteurs

Devant le journal du soir, on se rappelle soudain que les agriculteurs existent. Parfois une chaîne télé nous montre quelques figures rougeaudes interviewées dans un champ. Depuis plusieurs années, je pense que l’imaginaire collectif des français à leur égard se résume à quelques séquences télé. Opérations escargot menées par des agriculteurs juchés sur leurs tracteurs. Denrées alimentaires déversées devant les mairies, les sièges des groupes agro-alimentaires. Bottes de foin empilées pour bloquer le passage. Des femmes et hommes manifestant contre des prix trop bas qui ne leur permettent plus de vivre de leur travail.

Dépendants de la variation des cours mondiaux qui fixent le prix des denrées, les paysans sont également pris en étau par la grande distribution, toujours à la recherche du prix le plus bas. Et si le prix de vente de leur production ne leur permet plus de payer leurs frais (entretien de l’exploitation, ouvriers agricoles, semences, alimentation animale, vétérinaire…), et encore moins de gagner leur vie, les agriculteurs doivent également faire face à une diminution des dotations de la PAC (Politique Agricole Commune). Dans un contexte aussi éprouvant, les journaux consacrent régulièrement des articles aux agriculteurs ayant mis fin à leurs jours. Comme Le Monde, par exemple, pas plus tard que ce 31 janvier 2019.

Des prix bas… mais à quel prix ?

Certains ont choisi de développer des alternatives permettant aux agriculteurs de vivre décemment de leur travail. Aujourd’hui, j’ai choisi de présenter C’est qui le patron, une marque qui se veut celle des consommateurs – et des producteurs. Son objectif : prendre en considération les besoins des parties prenantes situés aux deux extrémités de la filière. Et donc accorder beaucoup moins d’importance aux acteurs intermédiaires.

Depuis des années, ceux-ci croient dur comme fer que les consommateurs ne s’intéressent qu’à une chose lorsqu’ils font leurs courses : le prix des produits. Alors tout est bon pour le réduire, ce prix, au moyen de pratiques discutables. Mais sans jamais toucher à leur propre sacro-sainte marge. En caricaturant (à peine), notre paysage se compose donc d’agriculteurs sous pression, d’intermédiaires obsédés par la baisse des coûts et de consommateurs qui se nourrissent à peu de frais. Quelle place pour la qualité des produits dans cette équation bancale ?

Les scandales alimentaires qui se succèdent depuis quelques années apportent peut-être un début de réponse. Lait aux salmonelles, lasagnes au cheval, gâteaux aux matières fécales, sans oublier vache folle et grippe aviaire. La semaine dernière encore, ce sont les bœufs malades polonais qui ont affolé les chaumières… et les services sanitaires.

C’est qui le patron ? La marque des consommateurs

L’idée de génie de C’est qui le patron ? Demander aux consommateurs ce qui compte vraiment pour eux, tout simplement. Au lieu de décider à leur place, pour finalement leur faire avaler n’importe quoi.

L’aventure démarre en 2016. C’est qui le patron lance une étude en ligne détaillée pour connaître les critères de choix des consommateurs, en vue de produire et commercialiser une nouvelle brique de lait. En pleine crise du lait, l’objectif affiché est tout de même de soutenir les producteurs pour leur garantir un revenu décent. Et bizarrement, plus de 6800 français semblent d’accord pour payer leur litre de lait quelques centimes de plus : soit une somme faramineuse de 99 centimes. Ce prix comprend :

  • Une rémunération qui permet aux producteurs de se faire remplacer et de profiter de leur temps libre (0,39 € par litre de lait).
  • Un lait d’origine française.
  • Des vaches en pâturage 3 à 6 mois chaque année.
  • Une alimentation des vaches hors pâturage garantie sans OGM, avec des apports en luzerne, trèfle… pour favoriser les oméga-3 dans le lait.
  • Des fourrages locaux (moins de 100 km du lieu d’élevage).
  • Une brique de lait avec bouchon.

(source : lamarqueduconsommateur.com)

Les briques de lait bleues font alors leur apparition dans les rayons. Le packaging, sobre, rappelle la raison d’être de ce produit : « Ce lait rémunère au juste prix son producteur« . Le succès est au rendez-vous : deux ans plus tard, en décembre 2018, 80 millions de litres de lait ont été vendus. La brique bleue est désormais n°2 des ventes en France, juste derrière les marques de distributeurs.

Entre temps, la gamme s’est élargie : jus de pomme, pizzas, beurre, œufs, viande hachée, fromage… et bientôt vins, sardines et farine feront également leur apparition dans les rayons. Ces produits sont distribués en grandes surfaces : le site dispose d’ailleurs d’une carte interactive pour repérer quels magasins les vendent.

Quand votre avis est pris en compte, ça change tout

Le prochain projet de la marque ? Des saucisses. Un questionnaire se trouve actuellement en ligne pour valider le prix et le cahier des charges de ce futur produit. Je vous invite à y participer, c’est vraiment instructif. Les 11 critères sélectionnés font immédiatement varier le prix final : ainsi, le consommateur mesure immédiatement les conséquences de ses choix. Par exemple, une alimentation des porcs sans OGM rajoute 12 centimes au prix de la barquette.

On peut également saluer la pédagogie du site, qui détaille chacune des options pour les non-initiés. En tant que consommateur, on repart bien informé : une telle transparence est franchement appréciable dans ce milieu d’habitude si opaque. Nous sommes tellement habitués à déchiffrer les ingrédients à la loupe sur les emballages. A lire des mentions fumeuses qui ne se basent sur aucune réalité scientifique (du type « riche en fibres », 100% naturel », »bon pour le système immunitaire »). Ici, pour une fois, on sait exactement ce qui finira dans notre assiette.

Des produits équitables français

Commerce équitable français

Pour en revenir au prix des produits, l’outil proposé sur le site C’est qui le patron permet concrètement de se rendre compte d’une chose. Offrir aux producteurs une rémunération décente, qui leur permet de se payer convenablement et même (incroyable !) de prendre du temps pour eux : cela se chiffre en centimes. Une différence infime chaque semaine sur notre ticket de caisse, qui permet à des centaines de producteurs de vivre dignement tout en produisant des denrées de qualité. Au final, tout le monde est gagnant.

Quand on parle de commerce équitable, on pense généralement aux aliments exotiques produits par de petites coopératives en Afrique, Asie ou Amérique Latine. C’est qui le patron a élargi ce cadre en incluant les agriculteurs et producteurs français, pour le plus grand bonheur des consom’acteurs. Pour que l’aventure continue, à nous de soutenir cette initiative et de la rendre pérenne, à chaque fois que nous faisons nos courses.

Vous pourriez aussi aimer

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.