4 plateformes plus éthiques que Spotify pour écouter vos morceaux préférés

Entre la très mauvaise rémunération des artistes, le manque de régulation de l'IA, les investissements contestés de son PDG et la diffusion de publicité pour l'agence américaine anti-immigration ICE, de nombreux artistes et auditeur·ices font le choix de quitter la plateforme de streaming musical numéro 1. Petit guide si vous souhaitez aussi sauter le pas.

Domaine

Éthique

Thématiques

Culture

Par Zoé Keunebroek

19 janvier 2026

9 min

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Crédit : Elice Moore

Nicolas Laureau est co-fondateur du label indépendant Prohibited Records. En concertation avec les artistes, il a annoncé dans une vidéo publiée sur Instagram et Facebook sa décision de retirer l'intégralité du catalogue du label de la plateforme de streaming suédoise.

Il y a un adjectif qui définit Spotify, c'est injuste.

Nicolas Loreau

Comme lui, depuis cet été, de nombreux⸱ses artistes ont annoncé retirer leur catalogue de Spotify. Parmi elles⸱eux : Deerhoof, King Gizzard and the Lizard Wizard, Xiu Xiu ou encore Leah Senior.

Dans un long post de blog annonçant son départ de Spotify, Deerhoof mentionne les investissements militaires de Daniel Ek, le PDG de la plateforme, comme déclencheur - en plus de la diffusion de publicités pour le service de l’immigration et des douanes des États-Unis (l'ICE, United States Immigration and Customs Enforcement). "Vous avez juré de protéger et de servir. Mais dans les villes sanctuaires, on vous ordonne de reculer pendant que des illégaux dangereux marchent libres", peut-on entendre dans les pubs diffusées par le Département de la Sécurité Intérieure, qui mène une politique d'arrestation, d'expulsion et de répression massive de l'immigration depuis la réélection de Donald Trump.

« Le fait d'avoir accepté de diffuser des publicités du gouvernement américain pour recruter des agents pour ICE a été décisif », raconte de son côté Nicolas Laureau, « en plus des placements financiers dans l'armement, du non-respect du droit des artistes ou encore de l'utilisation de l'intelligence artificielle ».

C'est aussi le cas des auditeur·ices, comme Clara, 26 ans, qui a quitté Spotify pour Deezer en janvier 2025. Si « la dégradation de l'algorithme de recommandation » lui avait déjà fait envisager un changement de plateforme, c'est finalement l'annonce du financement de l'investiture de Trump par Spotify qui a acté son départ. Un choix qu'elle dit ne pas regretter.

Spotify est aussi l'une des plateformes qui rémunère le plus mal les artistes : environ 0.003 $ (0.0026 €) pour une écoute. « Un chiffre qui varie selon la popularité de l'artiste, le contrat signé entre le label et la plateforme, qui reste donc difficile à établir clairement », précise Angèle Chatelier, journaliste et responsable éditoriale de Tsugi, média consacré aux tendances musicales. À titre de comparaison, la rémunération par écoute est d'environ 0.0048 $ pour Deezer, 0.0062 $ pour Amazon Music ou 0.0187 $ pour Qobuz.

« Si on ne dispose pas de données fiables pour quantifier les départs, il faut quand même noter que c'est un mouvement de fond », analyse Angèle Chatelier. « Depuis que le streaming est arrivé dans notre mode de consommation de la musique, Spotify n'a jamais eu une aussi mauvaise presse. »

Classement des plateformes de streaming musicales

Selon les gains pour 1000 streams en euros et le prix de l'abonnement mensuel en euros.

Recettes pour 1000 streams (€)Prix abonnement mensuel (€)16.1216.127.877.875.855.855.345.344.134.134.134.133.443.442.582.5814.9914.9910.9910.9910.9910.9912.1412.1412.1412.1411.9911.9910.9910.9912.1412.14

Source: Rapport Duetti sur la rémunération du streaming • Infographie : Zoé Keunebroek pour Les E-novateurs

Les modèles de rémunération des plateformes de streaming

Market-centric : tous les abonnements sont regroupés, puis l'argent est redistribué en fonction du nombre total d'écoutes. C'est le principe du pot commun. Ce modèle avantage les plus grand⸱es artistes qui réalisent la majeure partie des écoutes. Utilisé par Spotify, Amazon Prime, Apple Music, Qobuz, YouTube Music.

User-centric : chaque abonnement est réparti uniquement entre les artistes écouté⸱es par un⸱e utilisateur⸱rice. Vous remunérez ainsi directement les artistes que vous écoutez. Ce modèle se veut plus avantageux pour les artistes indépendant⸱es. Utilisé par : SoundCloud.

Artist-centric : Ce modèle hybride, basé sur le market-centric, rémunère davantage les artistes placé⸱es dans des playlists éditorialisées et recherché⸱es manuellement par les utilisateurs⸱rices. Utilisée par Deezer.

Alors où se rendent celles⸱eux qui s'en vont ? Les e-novateurs vous présentent sa sélection (garantie éditorialisée par des humain⸱es). A noter : nous avons choisi de ne pas mettre en avant les plateformes issues des GAFAM telles qu'Amazon Music, Apple Music et Youtube Music.

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Deezer, l'alternative made in France

C'est probablement la plateforme qui ressemble le plus au géant suédois. Mix par genre, découvertes de la semaine basées sur vos écoutes... la plateforme française qui compte plus de 10 millions d'abonné⸱es s'est imposée comme l'un des grands noms du streaming musical.

Deezer avait déjà connu un premier regain d'intérêt au moment « de la taxe streaming en 2024, pour financer le Centre national de la musique (CNM), et contre laquelle Spotify s'était fermement positionné », détaille Angèle Châtelier. Cette taxe de 1,2 % sur le chiffre d'affaires réalisé en France par les plateformes d'écoutes en ligne a pour objectif de donner des financements au CNM afin qu'il puisse financer des projets musicaux qui n'auraient pas pu voir le jour autrement. Une forme de transposition de la taxe CNC sur votre ticket de cinéma, qui sert à financer des films indépendants.

Deezer est aussi « une forme de pionnière sur la régulation de l'IA », dans la mesure où les sons générés par intelligence artificielle ne sont pas intégrés aux playlists de recommandations, sont étiquetés comme tels et ne sont pas monétisés.

Aussi, Deezer a annoncé au début de l'année 2025 se tourner vers un marché artist-centric qui favorise les artistes recherché⸱es manuellement par les utillisateurs⸱rices.

C'est le service idéal pour celles·eux qui recherchent l'alternative la plus proche de Spotify dans leur utilisation au quotidien.

💡 Abonnement mensuel : 11,99 €

Soundcloud, pour les amateurs⸱rices d'artistes indépendant⸱es

Soundcloud est une plateforme de partage d'audios et un réseau social ayant permis à de nombreux⸱ses artistes de mettre leur musique en ligne sans passer par un label ou un distributeur.

Au cours des années 2010, Soundcloud a même largement participé au développement d'un genre de musique : la lo-fi. Celui-ci se caractérise par ses imperfections dans l'enregistrement, le mix et la qualité sonore.

De par sa grande facilité d'ajout de contenus, SoundCloud revendique une bibliothèque de plus de 400 millions de titres, soit 4 fois plus que Deezer ou Spotify.

SoundCloud Go+ utilise le modèle user-centric, où votre abonnement mensuel rémunère directement les artistes que vous écoutez. Un système qui avantage les artistes indépendant⸱es.

SoundCloud Go+ sera votre alternative de choix si vous écoutez essentiellement des artistes indépendant⸱es que vous souhaitez soutenir.

💡 Abonnement mensuel : 10,99 €

Qobuz, la musique en profondeur

Plus qu'un service de streaming, le français Qobuz est une véritable plateforme tournée autour de la musique et de son écoute. Playlists éditorialisées par des spécialistes, analyse d'album à leur sortie, interview d'artistes... « Nous sommes aussi un média avec une vingtaine de journalistes et une base de 650 000 articles sur la musique » précise Georges Fornay, son fondateur, interrogé par Ouest-France.

Qobuz, c'est aussi un son de très bonne qualité avec un téléchargement de musique disponible en haute résolution : 24 bits, 192 khz FLAC pour les connaisseurs⸱ses.

Si Qobuz rémunère encore les artistes sur le modèle du market-centric, c'est la plateforme qui propose l'une des meilleures rémunérations. 1 000 écoutes rapporteront environ 18,73 $ à un⸱e artiste - contre une moyenne de 5,5 $ pour les autres plateformes. Elle est d'ailleurs un peu plus chère que ses concurrents.

💡 Abonnement mensuel : 14,99 €

Bandcamp, pour financer directement les artistes

Bancamp n'est pas une plateforme de streaming : il s'agit d'un magasin musical en ligne. Les artistes peuvent y vendre leurs albums en format MP3 (comme durant les années 2000), mais aussi des CD, des vinyles ou du merchandising. Bandcamp reverse 82 % des achats aux artistes.

« C'est une manière de renouer un lien plus concret avec l'auditeur : il reçoit un objet, un univers graphique, quelque chose qui existe hors écran », détaille Nicolas Laureau, fondateur du label Prohibited Records. « Une manière de recréer une fidélité, à la fois sur le plan symbolique et économique ».

Car la meilleure manière de soutenir vos artistes préférés, c'est encore aujourd'hui le format physique.

Il est très difficile pour un artiste indépendant de vivre du streaming.

Angèle Chatelier

« Nous n'en avons jamais vécu », complète Nicolas Laureau. Et concernant la découvrabilité ? « Jamais personne n'est venu nous voir en concert en annonçant qu'il nous avait découverts sur Spotify. »

Références :