Iran : comment le régime parvient à couper Internet
Par Léna Jauze
26 janvier 2026

Depuis le 8 janvier 2026, l'Iran est à nouveau presque totalement coupé d'Internet - après une brève et très limitée reconnexion observée dimanche 18 janvier. La plateforme Cloudflare Radar (qui présente le trafic Internet mondial, les attaques et les tendances technologiques) indique que le trafic a chuté d'environ 90% dans le pays. La coupure intervient alors qu'un vaste mouvement de contestation secoue le pays depuis fin décembre, et nourrit les craintes d'une répression menée à l'abri des regards.
Le régime ne "coupe" pas Internet partout dans le monde : il empêche simplement les iranien·nes d'y accéder. Ceci est rendu possible par le fait que les fournisseurs d'accès à Internet et les entreprises de télécoms iraniennes sont fortement centralisé·es et placé·es sous le contrôle de l'Etat.
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En Iran, cela s'apparente presque à un bouton rouge. L'État dispose des leviers juridiques et techniques pour désactiver les routages internationaux. Les autorités ont donc la capacité de couper les chemins d'accès par lesquels transite le trafic Internet international, ou de faire en sorte qu'il passe par des points de contrôle centralisés.
En fermant ces points, le pouvoir actionne ce que les expert·es appellent un "kill switch", un interrupteur géant qui permet de bloquer presque instantanément les échanges de donnéees avec le reste du monde. Les sites, messageries et réseaux sociaux deviennent alors inaccessibles pour la population locale.
Dans le même temps, certains services internes peuvent continuer à fonctionner sur un réseau national fermé, semblable à un intranet. Cela permet au régime de maintenir des services administratifs ou de surveillance, tout en coupant les citoyen·nes de l'extérieur.
La coupure a été renforcée par la mise hors service des réseaux de téléphonie mobile, paralysant les banques, les hôpitaux et de nombreuses entreprises. Les moyens de contournement sont étroitement surveillés, brouillés et sévèrement réprimés, rendant leur usage difficile et risqué.
Ce levier n'est pas nouveau : les autorités iraniennes y ont déjà eu recours lors des soulèvements de 2019 et de 2022. Mais par son ampleur et sa durée, la coupure actuelle pourrait être l'une des plus importantes jamais mises en place dans le pays.
Des rapports indiquent que des manifestant·es et activistes ont utilisé des connexions par satellite (ex. Starlink) comme une "ligne de vie" pour communiquer et faire sortir des informations vers l’extérieur, malgré le black-out. Cependant, le gouvernement aurait aussi tenté de brouiller ces services. L’accès reste inégal et risqué pour les utilisateurs·rices, avec des interruptions fréquentes - et aucune garantie de stabilité.
Références :
Northeastern Global News
How Iran cut the internet at the flip of a switchEuronews
L'Iran pourrait bloquer Starlink lors d'une coupure d'Internet, comme la RussieMedium
Digital Siege : How Iran's Internet Blackout Works - and Why This Time Looks DifferentAOL
Starlink reportedly made free in Iran - but protesters are taking huge risks by using itThe Cloudfare Blog
What we know about Iran’s Internet shutdown