Les adolescents accros au smartphone ? Leurs parents aussi
Les adolescent·es sont les premier·es pointé·es du doigt quand il s'agit de dénoncer le problème des usages croissants des smartphones en France. Pourtant, c'est bien l'ensemble des français⸱es qui passent trop de temps sur les écrans. Comment revenir à un usage plus raisonné ?
Par Sophie Audiguier
23 janvier 2026

Les habitudes numériques des adolescent⸱es inquiètent, agacent et alimentent les clichés : certain·es parlent même de génération "tête baissée" pour les désigner. Les initiatives pour enrayer cette tendance ne manquent pourtant pas, comme le montre la généralisation en septembre 2025 du dispositif "Portable en pause", visant à interdire l'usage des smartphones dans les collèges. Néanmoins, les jeunes sont-ils⸱elles vraiment les plus scotché⸱es à leur écran ?
Selon le baromètre du numérique publié par l'Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques) en mars 2025, la surconsommation d'écrans touche toutes les générations : 60 % des 18-24 ans passent plus de 3 heures par jour sur les écrans - contre 54 % des 60-69 ans et 53 % des 13-17 ans. Si les adolescent·es ne sortent finalement pas tant que ça du lot, ils·elles restent cependant les plus critiqué·es. Or leur stigmatisation pourrait muter en une prise de conscience... et un changement intergénérationnel.
Des habitudes sociales malmenées
Qui ne reçoit jamais des messages WhatsApp en rafale ? Qui n’a jamais subi, dans le métro ou dans la rue, une conversation téléphonique rendue publique grâce au haut-parleur ? Qui n'a jamais été snobé⸱e à table par un⸱e interlocuteur⸱rice préférant ostensiblement son téléphone à une discussion entre humain⸱es ? (Un concept a d'ailleurs vu le jour pour dénoncer ce phénomène largement répandu : on parle de phubbing, un terme issu de la contraction des termes anglais phone et snobing).
Ces scènes du quotidien, en apparence banales, ont un impact bien réel sur notre attention comme sur notre bien-être. L'omniprésence des écrans fragmente notre attention et fragilise nos liens. Notifications incessantes, sollicitations permanentes : notre cerveau croule sous le flux d'informations, nos moments de repos se détériorent et nos conversations s'appauvrissent.
Adopter une pratique numérique raisonnée
Diverses alternatives, à la portée de tous⸱tes, existent pour retrouver du lien et de l'espace mental. Pas besoin de remplacer son smartphone par un dumbphone (téléphone mobile proposant uniquement les fonctions essentielles), ni de partir en retraite digitale. Le numérique raisonné, c’est d’abord une question d’usages. Voici quelques pistes pour se réapproprier notre quotidien sans renoncer au progrès.
Prendre un repas sans écran et retrouver le goût des conversations sans notification ? C'est possible en activant le mode "Ne pas déranger" pendant les moments en famille ou entre amis. Pour celles⸱eux qui sont prêt⸱es à se séparer de leur téléphone, il est aussi possible de les laisser dans un panier à l'entrée... ce qui évite de les consulter par réflexe.
Dans chaque application, une sélection des notification qui vous intéressent vraiment permet d'éviter les interruptions non sollicitées. Vous vous moquez d'apprendre que 5 utilisateurs⸱rices ont laissé un commentaire sous une publication (que vous avez aimée par politesse) ? Désactivez ces alertes inutiles en vous rendant dans les paramètres.
Revenir à l'essentiel, c'est aussi une question de bon sens : au lieu d'utiliser un⸱e GIF / sticker / vidéo / vocal sur WhatsApp (quand on peut dire la même chose avec un message), envoyons simplement un SMS. En matière de numérique, l’adage less is more ("moins, c'est mieux") est notre meilleur allié. Que l'on soit adolescent⸱e ou adulte, nous avons tout à gagner à reprendre en main nos usages.
Références :
- Organisation Mondiale de la Santé - Les adolescents, les écrans et la santé mentale
- Ministère de l'Education - Interdiction du téléphone portable dans les écoles et les collèges et pause numérique
- Arcep - Le baromètre du numérique - édition 2025
- Le Mouv' - Deux Français sur trois pensent que le portable à table est une source de conflit
- Franceinfo - Insolite : ce restaurant interdit les téléphones portables à table… et augmente son chiffre d'affaires