Centres de données : ce que révèle la dernière enquête de l'Arcep sur leur empreinte environnementale
Une enquête de l'Arcep publiée au printemps 2026 met en avant les impacts croissants des centres de données sur l'environnement, alors même que de plus en plus de data centers sont en cours de construction - ou en projet - en France.
Par Alexis Perez
15 juillet 2026

L'Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques) a publié le 21 mai 2026 la cinquième édition de son enquête annuelle « Pour un numérique soutenable ». Cette collecte de données environnementales, initiée en 2020 auprès des quatre principaux opérateurs de communications électroniques, a progressivement étendu son périmètre. Pour l’année 2024, elle couvre désormais les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d'énergie et le prélèvement d'eau des trois principaux composants du numérique : les infrastructures réseaux, les terminaux et les centres de données. Focus sur les impacts environnementaux des data centers en France.
Quels sont les centres de données concernés par l’enquête ?
L'enquête de l'Arcep délimite les acteurs interrogés selon plusieurs critères. Tout d'abord, elle se concentre sur les entreprises dont l'activité principale est la mise à disposition d'infrastructures et d'équipements hébergés à leurs clients : il s'agit des opérateurs de colocation et de co-hébergement. Ensuite, les opérateurs interrogés sont ceux dont le chiffre d'affaires en France est égal ou supérieur à 10 millions d'euros hors taxes, ou dont la demande de puissance des équipements informatiques installés est supérieure ou égale à 100 kW.
En 2024, 23 opérateurs de centres de données ont ainsi répondu à l'enquête, ce qui représente près de 160 centres de données en exploitation sur le territoire français. Un chiffre à mettre en regard avec les 352 centres de données recensés dans une étude de l'ADEME (agence de la transition écologique) sur les centres de données publiée début 2026.
Compte tenu de ces limites, il est primordial de se concentrer sur les évolutions du secteur dans le temps, plus à mêmes de décrire les tendances de l'évolution de l'impact des centres de données en France.
Des émissions de gaz à effet de serre en nette hausse, tirées par les émissions indirectes
Les émissions de gaz à effet de serre (dont l'augmentation liée aux activités humaines contribue à l'effet de serre, et par conséquent au réchauffement de la planète) sont décomposées en trois catégories que l'on appellent des "scopes" dans le langage de la comptabilité carbone :
- Le scope 1 correspond aux émissions directement générées par l'entreprise.
- Le scope 2 regroupe les émissions indirectes liées à la consommation d'énergie (électricité, chaleur ou froid).
- Le scope 3 couvre l'ensemble des autres émissions indirectes en amont et en aval de l'activité (fabrication des équipements achetés, fin de vie, etc.).
En 2024, les émissions totales des opérateurs de centres de données sont en hausse de 23 % par rapport à 2023. Dans le cadre de l’enquête, seuls les scopes 1 et 2 sont comptabilisés.
Les émissions du scope 1, essentiellement liées à la consommation de fioul des groupes électrogènes et aux fuites de fluides frigorigènes, sont en recul pour la troisième année consécutive, avec une baisse de 7 % en un an. En revanche, les émissions du scope 2 ont bondi de 27 % et représentent désormais 91 % des émissions totales des opérateurs. Cette accélération s'explique à la fois par la forte croissance de la consommation électrique des centres de données et par une hausse du contenu carbone du mix électrique (c'est-à-dire l'ensemble des sources d'énergie nécessaires à la production d'électricité d'un pays) français entre 2023 et 2024.
S'agissant du scope 3, bien qu'il ne soit pas présent dans le cadre de cette enquête en raison de la complexité de son évaluation, il n’est pas à écarter. L’analyse du cycle de vie des centres de données présents en France, provenant de l’étude ADEME-Arcep "Evaluation de l’impact environnemental du numérique en France et analyse prospective" (parue en 2022), révélait que l’impact de la fabrication, distribution et fin de vie des serveurs pour le calcul et le stockage composait quasiment 70% de l’empreinte carbone d’un centre de données.
Une consommation électrique en accélération, portée par les équipements informatiques
La consommation électrique des centres de données étudiés continue de progresser à un rythme soutenu en 2024. Après une hausse plus limitée en 2023 (+8% en un an), la croissance s'accélère à nouveau en 2024 pour s'établir à +12%, revenant à une augmentation des consommations d’énergie proche de celle de 2022 (+14%).
La consommation électrique se décompose en quatre postes principaux :
- La consommation des équipements informatiques (serveurs, stockage, réseaux).
- La consommation liée au refroidissement des infrastructures.
- La consommation de l'alimentation électrique (incluant les pertes des équipements et le maintien en condition optimale des appareils de secours : groupes électrogènes, batteries, onduleurs).
- La consommation liée à l’activité tertiaire des bâtiments (bureaux, éclairage, chauffage, climatisation, systèmes de sécurité).
La consommation des équipements informatiques constitue de loin le premier poste puisqu’elle correspond à 70% de la consommation totale, en hausse de deux points par rapport à 2023. Ce poste progresse à un rythme plus rapide que les autres consommations avec une hausse de 15% en 2024, contre +6% pour les postes refroidissement et tertiaire.
Eau : une consommation directe en baisse, mais un impact indirect croissant
Le rapport de l'Arcep distingue l'eau utilisée :
- directement par les centres de données pour le refroidissement, le traitement de l’air ou les activités tertiaires du site.
- indirectement par la production de l’électricité, l'eau étant indispensable pour refroidir certains équipements techniques des centrales thermiques (nucléaire, gaz...) nécessaire au fonctionnement du centre de données.
Il est également nécessaire de distinguer prélèvement et consommation d’eau : « la consommation d’eau correspond à la partie de l’eau prélevée et non restituée aux milieux aquatiques : il s’agit principalement de l’eau évaporée ou incorporée dans le sol, les plantes ou les produits ». Même si elle est rendue aux milieux naturels après usage, ce prélèvement peut avoir des conséquences. Par exemple, l'eau peut être polluée chimiquement ou réchauffée, ce qui perturbe le fonctionnement des écosystèmes.
En 2024, le volume d'eau consommée est en baisse de 15% par rapport à 2023, après deux années de hausse (+17% en 2022, +16% en 2023). Ce recul efface en partie la hausse exceptionnelle de 2023, qui s'expliquait notamment par des travaux d'aménagement sur des sites anciens.
Toutefois, le volume d'eau consommé indirectement est nettement plus significatif que la consommation directe, puisqu’il est 13 fois supérieur. En 2024, le volume total d'eau consommé par les centres de données (direct + indirect) est estimé à près de 6,5 millions de m³, soit l'équivalent de la consommation annuelle de plus de 100 000 personnes en France. Malgré la baisse du prélèvement direct, ce volume total progresse d'environ 8% en raison de la forte hausse de la consommation électrique.
Une transformation profonde se dessine
L’enquête de l’Arcep nous enseigne une précaution vis-à-vis du périmètre d'évaluation des impacts environnementaux, puisque les consommations indirectes, que ce soit pour le carbone, l’électricité ou l’eau, sont systématiquement les plus élevées. Il faut donc prêter attention aux discours qui ne se concentreraient que sur les consommations directes.
Concernant les résultats de cette cinquième édition de l'enquête de l'Arcep, ils sont sans ambiguïté : les centres de données français sont en pleine mutation, avec une montée en puissance rapide des infrastructures, une consommation électrique qui s'emballe et des émissions de gaz à effet de serre qui progressent à un rythme élevé (+23% en un an).
Le déploiement massif de l'intelligence artificielle et les investissements dans les centres de données annoncés à l'occasion de Choose France et du Sommet pour l'action sur l'intelligence artificielle en 2025 laissent présager une accélération encore plus marquée dans les années à venir. Dans ce contexte, l’élargissement de la collecte de données à un plus grand nombre de centres de données, prévu pour la sixième édition au printemps 2027, apparaît plus que jamais nécessaire pour piloter la transition vers un numérique réellement soutenable.
Références :
Arcep
Enquête annuelle "Pour un numérique soutenable" - édition 2026 (données 2024)Ademe
Prospective d'évolution des consommations des data centers à court, moyen et long terme de 2024 à 2060Ademe
Evaluation de l’impact environnemental du numérique en France et analyse prospectiveNotre environnement
Prélevée ou consommée : comment compter (sur) l’eau ?

