Municipales : l’IA et les réseaux sociaux s’invitent dans la campagne
Les candidat⸱es aux élections municipales des 15 et 22 mars 2026 se sont largement emparé⸱es de l'intelligence artificielle, mais aussi d'outils moins récents comme Facebook et WhatsApp. Revue d'initiatives du Val-de-Marne au Finistère, en passant par l'Isère.
5 mars 2026

La campagne « officielle » des élections munipales (prévues les dimanches 15 et 22 mars 2026) a ouvert le lundi 2 mars, selon le ministère de l’Intérieur. Mais les candidat⸱es n’ont pas attendu pour se lancer : un certain nombre d’entre elles⸱eux a opté pour les outils numériques afin de se distinguer. Agents d’intelligence artificielle, réseaux sociaux, plateformes en tous genres… les tentatives et innovations ne manquent pas, venues de l’ensemble du spectre politique français.
« Je suis Mohamed-Lamine Tlamsi, j’ai 30 ans et je suis candidat à l’élection municipale de Périgny-sur-Yerres (Val-de-Marne) sous l’étiquette Europe Égalité Écologie (centriste). Étudiant en droit et aide à domicile auprès des personnes âgées, je suis profondément attaché à la justice sociale et à l’égalité et la dignité de chacun », énonce l’intéressé très doctement, en détachant chaque syllabe, comme au ralenti. Ce ton assez étonnant s’explique aisément : le candidat ne s’exprime pas directement, mais au travers de son affiche parlante.

Mohamed-Lamine Tlamsi poursuit, cette fois-ci de vive voix : « Mon parti politique est connu pour son utilisation de l’intelligence artificielle. Par exemple, je veux m’en servir, avec des outils comme CapCut et ChatGPT notamment, pour simuler des images d’une agence postale communale à l’intérieur de la mairie, chose que j’aimerais mettre en place, afin que les électeurs puissent se projeter. » Pour le candidat, cette pratique revient à « un gain de temps et d’argent », estimé à « 30 % moins cher qu’une campagne classique, voire davantage ».
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Les "visages déformés" de Sarah Knafo
Il ne se positionne pas comme le seul utilisateur de l’IA dans cette campagne. Ainsi, la députée européenne Reconquête! (extrême-droite) Sarah Knafo, candidate à Paris, revendique aussi cette utilisation car, pour « mettre la technologie au service des Français, il faut commencer par la maîtriser ». Sur son site, elle utilise des images générées par IA pour montrer des scènes « censées être réelles » - avec toutefois des « fausses bouches de métro » et des « visages déformés » d’après un article publié fin janvier par Le Parisien.

L’intelligence artificielle constitue en fait le principal moteur d’innovation pour les candidat⸱es à travers la France. À Grenoble (Isère), Hervé Gerbi (Horizons - centre-droit) s’en sert pour déployer un robot conversationnel sur son site Web, comme le rapportait Ici, début novembre 2025. « Encore en phase de test » fin février, cet « assistant virtuel », comme il se définit lui-même, entend « fournir des informations précises et sourcées sur le parcours, les propositions, la méthode et les valeurs » du responsable politique concerné.
En Bretagne aussi, l’IA fait des émules. Sylvain Tixier et Jean-Noël Schilling, deux habitants d'Audierne (Finistère), ont initié une plateforme numérique bâtie sur cette technologie afin de « soumettre, possiblement début mars, un projet coconstruit avec les internautes depuis courant décembre ». Les deux quinquagénaires ont conçu « des agents d’intelligence artificielle pour automatiser le filtrage des contributions des utilisateurs, afin d’écarter les injures, les approches condescendantes et aussi les messages sans propositions concrètes ».
La Village Academy de Lumir Lapray sur WhatsApp
La recherche d’innovation des candidat⸱es dans le numérique dépasse tout de même le cadre de l’IA. A Toulouse (Haute-Garonne), Pierre Pezzin, se revendiquant comme une « alternance citoyenne » au maire Jean-Luc Moudenc (droite), a cherché sur Facebook, début décembre, ses colistier⸱es. L’iconoclaste invitait les intéressé⸱es à candidater en rappelant les indemnités mensuelles brut d’un⸱e adjoint⸱e ou d’un⸱e conseiller⸱e municipal⸱e délégué⸱e.
L’autoproclamée « activiste rurale » Lumir Lapray a, quant à elle, opté pour WhatsApp pour lancer son « groupe d’entraide » de la Village Academy, initié dans le cadre du « mouvement citoyen » des Victoires populaires. Cette sorte de programme vise à défendre des « listes uniques à gauche » dans les bourgs de moins de 9 000 habitant⸱es, « qui représentent plus de 90 % des communes en France », comme le rappelle l’intéressée. Fin février, « près de 350 listes » suivaient ce dispositif.
« Évidemment, comme on est à gauche, la question des outils numériques à employer s’est posée, indique Lumir Lapray. Faut-il choisir Signal ? Aller sur Proton ? Mais, en fait, notre objectif à nous est très clair : il est de massifier la participation des gens à des actions de terrain. Donc, si on commence à mettre des barrières à l’entrée en demandant aux personnes de télécharger des applications qu’elles n’ont pas, on ne s’en sortirait pas. » À la campagne aussi, le numérique s’invite à sa manière dans la campagne des municipales.
Références :
Instagram
Affiche vidéo généré par IAMinistère de l'Intérieur
Les grands principes encadrant la campagne électoraleService public
Élections municipalesLe Parisien
Municipales à Paris : fausse bouche de métro, visages déformés... Sarah Knafo utilise l'IA pour représenter la capitaleFacebook
Sarah KnafoHervé Gerbi
Nous GrenobleIci
Robot conversationnel, affiche créée par IA : à Grenoble, le candidat Hervé Gerbi mise sur l'intelligence artificielleParticipons
Audierne-Esquibien ensemble 2026Facebook
Pierre PezzinInstagram
Lumir LaprayVictoires populaires
La Village Academy : le programme pour faire gagner la gauche dans les petites communes