L'américain Palantir prolonge son ancrage dans le renseignement intérieur français
Par Léna Jauze
20 décembre 2025

La Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) a acté la prolongation de son contrat avec l'entreprise américaine Palantir pour trois ans. Cette firme américaine se spécialise dans l'analyse de données à grande échelle pour des besoins de renseignement.
Depuis les attentats de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, la DGSI s'appuie sur le logiciel Gotham développé par Palantir pour centraliser et exploiter des volumes massifs d’informations issues de sources hétérogènes. Cet outil permet de croiser les données de surveillance, les renseignements humains, les informations administratives et les sources techniques.
Ce renouvellement intervient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par une dépendance des États européens envers des technologies développées en dehors de leurs frontières. En France, cette collaboration suscite régulièrement des interrogations sur la souveraineté des données et l’autonomie de l’État. La législation américaine, en particulier, alimente ces préoccupations : le Cloud Act permet aux autorités des États-Unis d’exiger l’accès à certaines données détenues par des entreprises américaines. Cela s'applique aussi lorsque les données sont conservées sur des serveurs situés à l’étranger.
Les autorités françaises assurent néanmoins que des garanties techniques et juridiques encadrent l’utilisation du logiciel et que les données exploitées par la DGSI restent sous contrôle national. D'ailleurs, la sécurité intérieure justifie ce renouvellement comme une solution provisoire et envisage de développer un outil souverain capable de remplacer les solutions étrangères. Mais pour le moment, Palantir occupe une position difficile à contourner.
L’entreprise est pourtant régulièrement critiquée par des organisations de défense des droits humains et par des médias d’investigation. Ses technologies ont été utilisées dans des programmes de surveillance policière, de gestion des migrations et dans le cadre d’opérations militaires. Autant d'usages suscitant des inquiétudes concernant des dérives possibles, comme la surveillance de masse et les atteintes aux libertés fondamentales. Palantir conteste ces accusations et affirme qu’elle fournit uniquement des outils, laissant aux États la responsabilité de leur utilisation.
Avec ce contrat renouvelé, la France prolonge un choix stratégique représentatif des tensions entre impératifs de sécurité et dépendance technologique. Un équilibre fragile, dix ans après les attentats qui avaient précipité ce rapprochement.
Références :
L'Humanité
Le renseignement français rempile pour trois ans avec Palantir, pionnière du technofascisme américain et financée par la CIAFranceInfo
Quatre choses à savoir sur Palantir, ce géant technologique américain controversé qui travaille avec la DGSILe Monde Informatique
La DGSI resigne avec Palantir pour 3 ans