Les jeunes passent leur temps sur les réseaux sociaux, mais ne maîtrisent pas forcément le numérique
Le mythe d'une jeune génération experte du numérique est mis à mal par plusieurs études montrant de grandes différences de maîtrise des outils. Ainsi, le genre et le capital culturel tiennent un rôle bien plus important dans l'acquisition continue de compétences numériques que le seul critère de l'âge.
Par Marie Frumholtz
29 juin 2026

Pix fête ses 10 ans en ce mois de juin. Ce service public d’évaluation et de développement des compétences numériques s'adresse à tous les publics. Même si le passage de la certification Pix, via sa plateforme en ligne, est surtout incontournable pour les classes de 3e et de terminale. Les résultats obtenus sont d'ailleurs inscrits dans le dossier des élèves sur Parcoursup, plateforme sur laquelle les futur⸱es bachelier⸱es indiquent leurs vœux pour le supérieur. En tout, 16 compétences définies selon un cadre européen sont évaluées, allant de ''mener une recherche et une veille d'information'' à ''sécuriser l'environnement numérique'' en passant par ''gérer des données''.
Chaque année, cette plateforme touche plus de 10 % de la population française, de l'école primaire jusqu'aux universités, mais aussi via France Travail, les missions locales, etc. Depuis sa création, Pix a donc pu collecter énormément de données qui servent aujourd'hui à « éclairer le débat public », selon Benjamin Marteau, directeur de Pix, et Yohan Coder, responsable de L'Observatoire Pix à l'origine de plusieurs études.
De multiples lacunes
On apprend ainsi que près de 80 % des élèves de 3ᵉ maîtrisent (ou sont proches de maîtriser) les compétences numériques attendues à la fin du collège. En revanche, 2 bachelier⸱es sur 5 n'ont pas un niveau favorisant une poursuite d'études ou une insertion professionnelle. Ces lacunes s'approfondissent ensuite :
1 étudiant⸱e sur 2
en fin de licence 3 ne maîtrise pas les compétences numériques attendues à ce niveau d'étude.
Source : Pix
20 % de ces étudiant⸱es se situent même en dessous de ce qu'on attendait d'elles⸱eux en fin de terminale. Tous les champs évalués sont concernés. « En matière de cybersécurité, par exemple, ils peinent souvent à reconnaître une tentative de phishing. Ils ont également peu de connaissances sur les droits d'auteur et ont du mal à vérifier la fiabilité d'une source d'information. Ils maitrisent également assez peu leurs droits en matière de protection des données », énumèrent Benjamin Marteau et Yohan Coder. Ces difficultés peuvent leur poser problème lors de la rédaction d'un mémoire ou à l'occasion de leurs premiers stages en entreprise.
Le genre et le niveau de diplôme sont des facteurs discriminants
L'Observatoire Pix relève deux points saillants au travers de ses études. Le premier est un écart significatif entre les filles et les garçons. Si en 3e les deux groupes sont à égalité, l'écart se creuse en faveur des garçons à la fin du lycée et se poursuit à l'université. Cela est particulièrement marqué au niveau avancé de la certification : 22 % des étudiants l'atteignent, contre seulement 13 % des étudiantes. « Nous n'avons pas d'explication à apporter, nous ne faisons que constater avec ces données que des inégalités s'installent au lycée et qu'elles ne sont pas résorbées dans l'enseignement supérieur », relèvent Benjamin Marteau et Yohan Coder.
Les filières sélectives, celles qui attirent les meilleur⸱es élèves, affichent également les résultats les plus élevés à la certification Pix.
2 sur 3
c'est le nombre de jeunes issu⸱es de lycées professionnels qui n'atteignent pas le niveau attendu en terminale - contre 1 sur 2 en filière technologique et moins de 1 sur 4 en général.
Source : Pix
« Ces résultats mettent à mal le mythe de la génération des ''digital natives''. Les compétences numériques ne sont pas innées chez les jeunes. Ce n'est pas l'âge, mais le genre et le niveau de diplôme qui sont déterminants dans leur acquisition. De bons résultats à la certification Pix vont souvent de pair avec une réussite scolaire globale », ajoutent Benjamin Marteau et Yohan Coder.
Avec l'IA, des fragilités plus que des fractures
Néanmoins, une population en particulier échappe aux observations de Pix : les ''NEET'' (des jeunes ni en emploi, ni en formation). Or « 39 % des jeunes de 16 à 29 ans, pas ou peu diplômés, ne maîtrisent pas les compétences numériques de base, contre 15 % de ceux ayant un niveau de diplôme supérieur au bac », relève l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI). Une vraie fracture persiste entre les deux types de population. « Le diplôme vous donne la capacité d'apprendre à apprendre, de vous confronter aux nouveautés. Sans cela, vous pouvez avoir des difficultés à comprendre ce qu'il se passe », analyse Elie Maroun, consultant pour l'ANLCI.
L'IA générative fait justement partie des dernières nouveautés à appréhender. Son développement rapide bouscule une large part de la population, tous milieux socioculturels confondus.
A chaque innovation, nous passons tous par un sentiment d'incompétence, on bricole. On parle alors plus de "fragilité numérique" que de "fracture".
Elie Maroun



Repenser les enseignements
Pour les enseignant⸱es, il devient urgent de renforcer les formations à ce sujet. « La plupart des élèves utilisent davantage les outils d'IA que leurs professeurs. Mais si les bons élèves multiplient les sources, d'autres s'arrêtent à la première réponse de l'outil. Il y a aussi une minorité qui refuse d'utiliser IA, pour des raisons écologiques. Les former tous à une bonne utilisation de l'IA et les sensibiliser aux questions éthiques devient une nécessité », estime Pascal Moulette, enseignant chercheur à l'université de Lyon 2.
Mais pour atteindre cet objectif, il faut des moyens pour embaucher des formateurs⸱rices et équiper les établissements scolaires ainsi que les jeunes elles⸱eux-mêmes. L'Observatoire national de la vie étudiante relevait que durant la pandémie, près de 40 % des étudiant⸱es avaient eu des problèmes de connexion à Internet.
Les étudiant⸱es en informatique, quant à elles⸱eux, doivent désormais souscrire à des licences payantes pour pouvoir utiliser des modèles d'IA performants. Pour éviter que les écarts se creusent entre ceux qui ont les moyens de se les offrir et les autres, Jean-Sébastien Klein, référent pédagogique et IA du Digital Campus Lyon, suggère de créer des ''junior-entreprises''. « Des entreprises pourraient financer des accès aux IA pour les étudiants en échange de tâches à effectuer. Il s'agirait aussi d'un bon moyen pour impliquer les entreprises dans la formation des étudiants et les détourner de l'idée qu'en recourant à des IA, elles n'ont plus besoin d'embaucher des juniors », développe-t-il.
Face à la vitesse d'évolution de ces technologies, il est aussi important de se demander ce qu'il risque d'advenir pour celles⸱eux qui, comme les NEET, restent éloigné⸱es de ces technologies.
Références :
Pix
Les compétences évaluées par PixObservatoire Pix des compétences numériques
Les compétences numériques des élèves de 3e et Terminale en FrancePix
1 étudiant sur 2 n’a pas encore le niveau de compétences numériques nécessaire pour réussir dans l’enseignement supérieur et s’insérer durablement dans le monde professionnelL'Observatoire de l’illettrisme et de l'illectronimse (ANLCI)
1 jeune sur 10 est en forte difficulté avec les compétences de baseObservatoire de la Vie Etudiante
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